le 9/07/09

Bonsoir, ma pauvre petite feuille blanche.
J'espère que tu n'as pas peur de l'encre, parce qu'elle ne demande pas mieux que de te noircir. "Mais tu es sûre que ça va, là? - Oui, oui." Il a ce don de toujours percevoir la discorde en le for intérieur des autres, surtout le mien. Et vous me direz, pourquoi y a-t-il discorde? Les événements de ces derniers jours ont été tout ce qu'il y a de plus positif. J'ai eu mon baccalauréat avec la mention Très Bien, à ma grande surprise. Je suis retournée voir le panneau trois fois, pour vérifier que je ne m'étais pas trompée de ligne, en me demandant si "TB" ne pouvait pas être l'abréviation de "Tout Bidon" ou "Trop Bête", mais non. Pour quelqu'un qui n'a jamais sérieusement travaillé depuis son entrée dans le système scolaire, je dois avouer que je trouve ça plutôt injuste. Coups de fil qui fusent, hystérie et larmes collectives. C'est la fin du lycée, et avec elle, la fin de trois années pas spécialement rigolotes. De plus, j'ai eu l'occasion de faire une sottise embarrassante, et vous ne vous doutez pas d'à quel point entendre un ami, au bout du fil, dire "Quoi? Mais t'es complètement folle? Arrête ça tout de suite!" et se lancer dans une grande leçon de morale, peut faire du bien.
Alors, qu'estce que ce petit truc qui cloche? Hein, pourquoi estce que j'écoute une chanson de Trivium en boucle depuis tout à l'heure? Je me sens vide, en semi-flottement, juste en dessous de la surface d'un océan intégralement dépeuplé. Tu sais, c'est dur à dire, mais je crois que j'ai envie qu'il y ait quelqu'un, quelqu'un avec qui être moi, quelqu'un à écouter murmurer, la nuit, et à serrer fort, enchevêtrés jusqu'aux lueurs diaprées de l'aube. De l'authentique à l'heure où l'on pleure à l'abri des écrans dans lesquels le monde entier perd son sens. Quelqu'un avec qui parler d'idéaux et de noblesse d'âme, d'engagement et de progrès, de Révolution et de don de soi, tandis que les lâches se retranchent, apathiques, derrière toutes les formes possibles du pessimisme. Je ne peux pas être toute seule dans la bataille. Pourquoi baisser les bras quand on peut faire front?

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# Enviado el jueves 09 de julio de 2009 17:48

Modificado el viernes 10 de julio de 2009 10:59

Fly me to the moon,

Let me play among the stars!

Impossible de résister. Voici la demoiselle Mexicaine.


Fender Stratocaster
                                                                                           Fly me to the moon,

# Enviado el miércoles 01 de julio de 2009 17:34

Modificado el sábado 04 de julio de 2009 07:10

le 27/06/09

Les huit horloges du salon de Lunéville sonnent tour à tour dix heures. Le repas a été trop long, trop copieux, trop mauvais. Tandis qu'ils s'exclamaient tous que l'entrée était "délicieuse", je me forçais à avaler le poisson tout froid et enduit d'une substance gélatineuse. Je sentais mon ventre se tordre, et je réprimais des convulsions en redoutant le moment où mes yeux allaient sortir de leurs orbites sous le coup de l'horreur gustative. Heureusement, personne ne m'a regardée. Mon cerveau aiguisait déjà ma plume. Ah, c'est beau, la famille! Tellement beau que ça me ficherait presque la nausée. Les conversations sont tout ce qu'il y a de plus soporifique à mes yeux, enthousiasmant aux leurs: les mites dans les paquets de spaghettis, le lapin qui étale ses crottes et que mon oncle a bien l'intention de faire empailler après sa mort (comme ça, il continuera d'être encombrant et sans intérêt), la longueur des cheveux de ma soeur, les antécédents de notre illustre lignée de frustes, la mort des maréchaux déglingués par Bobonne et autres banalités qu'ils balancent en travers de la table comme des os à ronger. L'important est d'éviter le silence pour faire mine d'avoir des choses à se dire, mais le problème de ces os est leur peu de substance, voire absence de substance, et le silence revient vite entre deux succions quasi-répugnantes. Pauvre France!
J'ai bien envie de lancer à la cantonade: "Comment va la vie de l'esprit?" (question à laquelle personne ne m'a jamais donné de réponse, à croire que l'esprit est mort), ou alors: "Peut-on instaurer une justice unique, uniforme, universelle? Si oui, comment?". Voilà de quoi faire de beaux débats, de quoi faire germer des idées. Cependant, je ne pourrais espérer d'eux qu'une réponse tranchée, de celles que sont toujours prompts à servir les gens idiots qui ne confrontent pas de pensées, ne réfléchissent pas, les gens qui soit n'ont cure du futur puisqu'ils ne savent envisager que leur confort personnel, soit ont choisi une vérité étriquée et se refusent à la remettre en question pour ne pas tirer la conscience de sa torpeur d'hibernation. Souvent, les deux en même temps. Y a pas à dire, c'est du joli!
Je vous présente Béné: il me semble l'avoir de tout temps vue ridée. Pas les rides du rire au coin des yeux et de la bouche, ces marques sympathiques d'une vie de rayonnement. Non, plutôt celles de la peine, qui plissent le front, les marques d'une vie de rêves non-accomplis, délaissés entre les labeurs quotidiens qu'elle a effectués en tant que femme, mère et épouse, selon le modèle teinté de catholicisme et de Moyen-Age qu'elle a choisi de perpétuer. Elle a les joues creusées par les poisons mêlés (cigarette, alcool et antidépresseurs) que nul n'ose évoquer et qui, loin de les abréger, semblent éterniser ses souffrances et ternir chaque fois davantage sa peau et ses cheveux. J'ai mal pour elle. A côté de ça, son tendre mari, mon oncle, satisfait et imbus de lui-même: études et carrière brillantes, polytechniques et envoi de fusées, retraite anticipée, croisières. L'un de ces couillons qui font le tour du monde avec un caméscope, se tenant à bonne distance de ces terrifiants autochtones qui sont moins bien que nous, mais on ne peut pas leur en vouloir, la merveilleuse culture occidentale ne leur est pas encore parvenue à 100%. L'un de ces couillons qui au final n'ont rien vu, rien entendu, rien compris, rien été ni rien fait de significatif et que tout un chacun envie et prend pour un modèle de "réussite" (quelle belle notion...). En additionnant les deux, on obtient un espèce de conformisme nerveux, une médiocrité appliquée, sans revendication, tout du long, sans idéaux; un bourgeoisisme, petit-bourgeoisisme qui vote à droite et qui aime TF1. C'est d'une tristesse! Pas d'originalité, de style, d'élégance; pas de conscience, de projet. Pas d'existence, somme toute.
Bon, faudrait que j'essaye de nuancer, sinon je serais aussi catégorique que les idiots dont je parlais tout à l'heure.
Bons côtés des gens comme ça [que j'ai tous mis dans le même sac car finalement, leurs accomplissements se valent. 0 + 0 + 0 + des milliers de 0 = 0] : ...
...
Allez, creusons-nous la tête [ils m'ont mise de fort méchante humeur, cette famille d'indignes. La mienne, accessoirement] : ...
...
Bon, je m'arrête là pour ce soir. Si je pars dans des raisonnements de ce type, je vais devenir cynique, sardonique et découragée. Y a bien une façon positive de voir les choses sans pour autant renoncer à la lucidité, non?

PS (du 28/06) : J'ai dit au revoir à mon grand-père. Je savais qu'il savait que c'était la dernière fois que l'on se voyait. Il sera bientôt déporté de nouveau, déporté vers l'inconnu où j'espère qu'on ne lui fera pas regretter d'avoir déposé des cons sur Terre. Me concernant, je préfèrerai quoiqu'il advienne le départ à la déportation.





"Ils parlent de paix et ils font la guerre, il créent la rationalité et tuent à tour de bras, ils inventent les Droits de l'Homme et ils totalisent le plus grand nombre de vols, d'annexions, de massacres de toute l'Histoire humaine. Drôle de peuple, les Européens, l'ami, drôle de peuple, un peuple dont la tête ne communique pas avec les mains."
Eric-Emmanuel Schmitt, Ulysse from Bagdad


# Enviado el domingo 28 de junio de 2009 16:27

Modificado el martes 30 de junio de 2009 15:26

le 23/06/09

Envie d'écrire. Et même d'écrire beaucoup, mais il se trouve que je suis atteinte d'une maladie qui s'appelle "concision". Et puis d'abord, par quoi pourrais-je bien commencer? J'hésite. Beaucoup d'idées se présentent. Je propose qu'on fasse comme à la Poste, vous prenez un petit ticket de forme bizarroïde à l'entrée et vous attendez que j'appelle votre numéro. Et sans bousculade, s'il vous plaît, restons civilisées. J'ai dit: sans bousculade! J'aurais bien aimé que vous veniez un petit peu plus nombreuses ce matin, par exemple, quand je désespérais devant ma copie d'économie difficile à remplir.
Ah, au fait, mister Greg m'a appelée en début d'après-midi, m'interrompant en plein: "Prendi questo miostrale, apri-mi il petto, e vedrai scritto il core". J'étais ravie. C'est qu'il ne m'appelle pas souvent, le salopiaud! mon jazzman gigantesque, mon ange absentéiste des heures passées, mais pas oubliées. Ni la lumière bleue, ni la lumière rousse. En ces souvenirs-là aussi, la beauté reste immaculée, leur élégance semble une sorcellerie du ciel. J'entends encore l'air de Padmasana. Ce sont les joyaux et les perles de nacre de ma mémoire. Et puis, il y avait notre reflet dans le miroir, échevelés et vêtements froissés, un peu hagards après l'amour. Ca me rappelle une chanson de Lofofora. L'une des seules fois où je me suis trouvée jolie, ou du moins, pas hideuse. Und der Mond strahlt Silberglanz. Mais il ne me manque pas. Non. De toute façon, personne ne m'a jamais manqué et c'est tant mieux: je me satisfais de ce que j'ai eu et essaye désormais d'éviter toute forme de dépendance.
Je le verrai bientôt avec Mathieu, et je serai contente, contente!, de les serrer entre mes bras. J'ai envie de leur expliquer comment je compte m'y prendre pour sauver le monde, mes multiples projets que j'ai bien l'intention de mener à bien et mon refus de ne vivoter que pour ma si petite personne quand il y a tellement, tellement de choses que l'on peut et que l'on doit faire pour être digne de l'Humanité. Refus de nullité, de passivité, refus de me prendre pour une victime (ne sont victimes que ceux qui choisissent de l'être, parce que c'est tellement plus facile que d'admettre ses responsabilités), refus d'être une esclave (ne sont esclaves que ceux qui choisissent de l'être, parce que c'est tellement plus facile que d'être Homme!). J'espère juste avoir encore assez de temps devant moi. Non pas que je voie en moi un messie, mais j'ai conscience de pouvoir choisir et changer. Et je ne veux d'aucune stabilité, point de foyer, n'être de nulle part et de partout en même temps, pas d'ordre et pas de calme, ne jamais s'embourber quitte à en baver. Mot d'ordre: "Je n'ai pas peur". Les orages, puis les courts instants de répit. Parce que les orages valent la peine d'être vécus et surtout survécus. Et parce que j'ai toujours envie de poser des questions. Et parce que ça fait du bien de s'endormir en écoutant Mathieu parler d'avenir, avec le feu dans sa voix et les étincelles qui font briller ses yeux d'or, parler de liberté et de tout ce que l'on peut construire, tous ensemble, avec l'amour en bandoulière. Rien de tout ce que l'on peut donner n'a de sens sans amour, n'estce pas? Il vaut et ils valent la peine, et l'amour véritable n'est pas un sentiment vaniteux concentré sur une poignée de proches à qui l'on colle l'étiquette qui nous arrange. Ce serait plus de l'ordre de l'universel, du gratuit; une acceptation et une capacité à déceler l'intraitable beauté, la perpétuelle grâce de l'Homme, de la vie et de la Terre.
Bref, il me faut apprécier les moments qu'il me reste à passer en leur compagnie sans redouter le carrefour qui nous séparera, puisque finalement le chemin n'est que ça: une enfilade de carrefours pour évoluer toujours. [Oh, c'est joli ça!]. Ne pas chercher à retenir les gens, leur bonheur est un ailleurs. Et puis ne pas chercher à faire d'eux ce qu'ils ne peuvent être, à leur faire jouer un rôle qui n'est le leur. La casse est lourde, si lourde pour une simple erreur inconsciente! Dans mon cas, ce que je n'aurai jamais, c'est un père, non pas une figure paternelle pour fixer des répères, mais un père devant qui faire mes preuves, un père à rendre fier. Je l'ai pourtant recherché sans le vouloir, et une part sombre de moi a cru l'apercevoir en certaines personnes charismatiques. La casse est lourde! Mais c'est de ma faute.
D'ailleurs, mon géniteur va bientôt quitter cette maison, et c'est un grand soulagement après les années de colère et de peur. Heureusement que des anges passaient par-là récemment. J'ai même eu droit à la plus belle de toutes les vengeances, et m'apprête à la lui faire subir jusqu'à la fin de ses jours. Elle a le doux nom de "Silence".




"Car c'est cela que je hais, que je maudis et que j'abomine du plus profond de mon coeur: cette béatitude, cette santé, ce confort, cet optimisme soigné, ce gras et prospère élevage du moyen, du médiocre et de l'ordinaire".
Hermann Hesse, Le Loup des steppes.

# Enviado el jueves 25 de junio de 2009 11:21

Modificado el jueves 25 de junio de 2009 12:10